Textes zen

  • Quatre poèmes de Ryokan, moine zen japonais du 18ème siècle

    je ferme les yeux, mille montagnes au crépuscule

    je me vide des dix mille pensées du monde des hommes

    seul, assis sur un coussin en jonc,

    silencieux face à la fenêtre vide

    l’encens brûle dans la longue nuit noire

    sur ma robe mince, la rosée blanche, dense

    quand j’ai fini de méditer je vais marcher dans la cour

    la lune monte sur le plus haut pic

    j’habite dans une forêt profonde

    d’année en année poussent les lianes vertes

    en outre nulle affaire des hommes ne vient me harceler

    de temps à autre j’entends un bûcheron chanter

    au soleil je rapièce ma robe de moine

    sous la lune je lis des poèmes

    j’aimerais dire aux hommes de ce monde,

    pour être à l’aise on n’a pas besoin de beaucoup

    nuit calme, sous la fenêtre vide

    assis en méditation, enveloppé dans ma robe de moine

    nombril et narines bien alignés

    oreilles et épaules dans le même axe

    la fenêtre est blanche, la lune vient de sortir

    la pluie a cessé, des gouttes tombent encore

    à ce moment-là mon sentiment est extraordinaire

    vaste, immense, connu de moi seul

    solitude, déjà la fin du printemps

    silence, la porte toujours fermée

    lierres et bambous jaillissent vers le ciel, ils font de l’ombre

    dix mille herbes enchevêtrées engloutissent le perron

    mon sac et mon bol restent tout le temps accrochés au mur

    dans le brûle-encens aucune fumée

    sans contrainte, dans un domaine au-delà du monde vulgaire

    toute la nuit le coucou crie

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